Les mondes Parallèles 1

              Les mondes Parallèles 2

              Les mondes Parallèles 3

           Les mondes Parallèles 4

 

              Gif réalisé par

              La tannière du Loup

      

            

             Photos dans Gif:

             Bourdin/Le cercle            

             Abstrait/S. Blum...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

Les Mondes parallèles 5

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  PRESENTATION

    Bonjour ! Je me présente : Sébastien Clivillé. Prononcez « Clivillé » comme « oreiller », s’il vous plaît, vous serez bien aimable, merci. Né fin 1971. Normand. Yeux ? Heu… Plutôt verts. Profession : veilleur de nuit. Marié, enfants et permis B.

    Enfin… Tout ça, c’était avant, car, depuis une certaine journée, je ne sais plus vraiment qui je suis exactement… Quelqu’un, ou quelque chose, a retourné mon univers comme un gant de vaisselle.

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Suite .............5

  

         les mondes parallèles Photos : Fred Veidig

 

J’ai toujours aimé lire dans la rue, appuyé à un mur, le journal grand déployé, en cormoran qui se sèche les ailes. Je repensai à mes balades au bord de la Seine sauvage de ma Normandie, à ces cormorans, aux hérons, à la brouette dans laquelle je transportais mes deux garçons en les initiant aux secrets du néflier, des araignées et des fleurs sauvages, les mûres dont on peut se goberger, pourquoi les grues qui s’enfuient-elles à notre approche, pourquoi les nuages ressemblent-ils à des dauphins…

Des fois, on se fait surprendre par des associations d’idées, et on s’échappe d’un quotidien misérable. Quelques gouttes noirâtres gondolaient mon Libé toujours trop épais, un petit vent désordonna mes pages et je revins soudain à la triste réalité : un trottoir sale du boulevard de Strasbourg, un mauvais crachin qui me fouettait les mains, ma peau jaune de toxico (d’ex-toxico, pardon).

Dans le journal, après avoir maltraité les opposants au régime, on commentait les derniers sondages : quatre-vingt-seize pour cents des Français approuvaient les mesures du Président en matière de préservation de l’environnement, quatre-vingt-douze virgule deux pour cent  en approuvaient la politique étrangère et l’intervention de la troupe sur les différents fronts contre le terrorisme, au Congo, au Liban, en Irak, en Iran, en Afghanistan, en Ingouchie, au Salvador et à Anjouan. Anjouan ? Ah oui, Anjouan ! A Anjouan ? Quatre-vingt-dix-huit pour cent, enfin, souscrivaient aux mesures sanitaires contre l’expansion du virus de la grippe du poulet : tous les départements contaminés avaient vu leurs élevages de volailles traités de façon appropriée.

On incitait les firmes pharmaceutiques à accélérer la mise en œuvre d‘un vaccin destiné à l’homme ; quant aux rares malades, ils étaient installés en quarantaine, nourris logés par l’Etat, généreux, philanthrope. Rien dans le journal au sujet des attaques terroristes dont j’avais été témoin.

J’enfonçai le journal dans une corbeille qui était là, un planton me donna une prune, je m’étais trompé  de couleur de poubelle, jaune rayé rouge, c’était pour les cartons et papiers NON IMPRIME, je n’avais pas lu les dernières directives ? Pourtant, le président avait adressé un mail personnalisé à tous les foyers et téléphones portables ! Je retins les insultes entre mes dents crispées jusqu’à l’entrée de la superette.

Dans les rayons, agité de tremblements résiduels, un petit piquant dans le front, juste au-dessus de l’oeil gauche, je tournai un bon quart d’heure en quête du rayon alcool. Finalement j’avisai un quidam en blouse grise qui se cacha dans son chapeau quand il eut connu l’objet de mon interpellation ; gêné, il m’expliqua. Je devais ressortir du magasin et toquer à la guérite. La guérite ? Ha : je toquai. Un vasistas s’ouvrit sur un hygiaphone.

« - Qu’est-ce que je lui mets, aujourd’hui ? me demanda une voix.

- Qu’est-ce qu’elle a, comme whisky ?

- Pas de whisky. Mais aujourd’hui, j’ai un Brûlant, single malt, si ça l’intéresse.

- Madame est connaisseuse. Un single malt, alors.

- Et avec ceci, qu’est-ce que ce sera, comme came ? Sinon, j’ai de la beuh, une bonne Bretonne qui vient d’arriver. »

Je lui passai ma carte dans la fente, la bouteille déboula dans la goulotte.

A mon étage, j’ébouriffai mes cheveux secs, je me sortis un pan de chemise du pantalon, bon oui, j’avais une chemise, mon double avait un goût pour l’élégance et les vêtements chers, d’une belle marque, mais de laquelle, comptez pas sur moi pour m’en souvenir, je me gargarisai au Brûlant, je crachai dans la plante que la concierge devait chérir, je m’enfilai quand même une franche lampée, je toussai encore, je me lustrai les joues du même liquide, je m’en fis une petite friction capitiluve, aussi, et je sonnai vigoureusement.

Elle était encore là. Les yeux ronds.

« -Mais qu’est-ce qu’il y a ? Où étais-tu ?

- Tu prends tes affaires et tu te tires… grondai-je.

- Tu as bu, ou bien ? Je vais te préparer une petite piqûre, tu n’étais pas prêt, je le savais bien qu’il fallait encore poursuivre. Les principes de la dianétique, y’a que ça de vrai !»

Je la saisis au poignet, un petit poignet menu que je tordis un peu :

« -Je dis : tu prends tes affaires… Et tu te tires ! »

J’entrai en la balançant d’un coup de hanche, la cuisine, fouille, ha : grands sacs poubelles ! Direction salle de bains : petites crèmes, maquillages, shampoings, machins, fringues, et patati et patata, il y en a-t-il du bordel pour se faire belle, allez hop : au tas ! Je tanguai dans le couloir. Même traitement pour les autres pièces, à la fin, ça me faisait deux grands sacs poubelles. En pleurs, elle s’accrochait à mon pull à chaque passage, je la virais sans précautions, je lui montrais les dents, je roulais des yeux de psychotique en crise, je poussai quelques cris d’ours malade.

C'est-à-dire que je travaillais avec des handicapés mentaux, en temps normal. Oui, vous appelez ça des gogols, nous on les appelait des résidents, voire des usagers, si vraiment on voulait faire correct. N’empêche : j’ai eu assisté à des accès psychotiques, bon, il faut jamais quitter le regard, sinon tu te fais défoncer t’as même pas compris quoi  ni comment ; pour couronner le tout, la maladie, en ces circonstances, les dote d’une force herculéenne. Bon : ne pas détourner les yeux. D’ailleurs, en l’occurrence, c’est elle qui n’aurait pas dû dévier le regard : je la choppai par la peau du dos et je les vidai sur le palier, elle et ses sacs poubelles, je claquai la porte ; je me laissai descendre au sol : ma petite comédie avait fonctionné à merveille. Non, mais moi, je suis comme ça, quand j’en ai marre, j’envoie tout valdinguer, un petit coup de dopage pour se donner de l’allant, et hardi petit, en avant !

Elle sonna, je débranchai le fusible. J’enclenchai le système de verrouillage… puis j’ écoutai marteler un instant ses petits poings au travers du blindage, j’étais bien content, tiens ! L’occasion de me servir un petit verre, on the rocks. On sait vivre.

Ça me faisait du bien d’avancer un peu.

Le lendemain, bon, j’avoue, j’avais la gueule de bois. J’avais un peu demandé à la bouteille de m’aider à trouver le sommeil. J’avais dormi comme une bûche, enroulé dans la vieille couette du canapé, quand je me suis réveillé j’étais étonné d’avoir vraiment picolé tout seul. Pas de bruits… Mon malheur me revint à l’esprit et j’allai me laver les dents, dépité, tout seul. Devant la glace, je me donnai quelques bonnes baffes, et en sortant de la douche, j’étais plein de bonnes résolution : numéro un !

Ben… Numéro un… Bon.

Je savais toujours pas quoi faire. Je bourrai des disques durs de Geoffroy dans mes poches et je me décidai pour aller rendre visite à François G. qui était le seul ami que je me connaissais sur cette Terre.

Lorsque Damien m’introduisit avec toute la déférence due à mon rang, François était plongé dans des dossiers. En levant les yeux, il me désigna un fauteuil design d’un air bonhomme. Autour de moi photos de toros et mobilier high-tech, aluminium, marbres et teck s’agençaient selon un goût très sûr. Lui, il était le même, absolument, affairé, combatif, enjoué. Le temps passait… J’approchai un cendrier technologiquement avancé et j’entrepris de fumer jusqu’à ce que l’on s’intéressât à moi

« - Vous m’apportez de vos nouvelles ? me demanda t-il tout à coup. Un cigare ?

- Volontiers, répondis-je, même si je n’avais jamais su apprécier la saveur métallique des cigares, j’allais pas chipoter, de mes nouvelles, exactement. Mais je voudrais te poser quelques questions, François.

- Oui, bien sûr, dit-il en essayant de ne pas paraître étonné.

- Est-ce que tu savais que Geo… Que je me camais comme un cochon ?

- Ce n’est pas illégal, chacun fait ce qu’il veut avec sa santé. Il ne faut pas abuser des meilleures choses, c’est tout.

- Oui, bon, et bien j’ai arrêté.

- Ha ? Bien. Très bien.

- Et pour les Scientistes, là ?

- Oui, quoi, les Scientistes ? Vous avez encore besoin d’un budget ?

- Arrête de me vouvoyer, François, ça me fait drôle. Franchement, on est entre nous, pas de chichis, hein, j’ai plein de trucs à te raconter.

- Bon… Vous êtes sûr que ça va ?

- Ça tient, plutôt. Non, ça ne va pas, je suis complètement déboussolé. Déjà, la scientologie, je l’ai éjectée de ma vie.

- Comment ? Mais et votre enquête ?

- Oui oui mon enquête… Bon, ça sera plus simple, je vais commencer par le commencement, parce que tu ne sais pas à qui tu parles, en ce moment.

- C’est bien l’impression que vous donnez, Geof. Vous avez pris un drôle d’accent, durant votre cure.

- Déjà, voilà : je ne suis pas Geoffroy Yquaille. Pas du tout : je suis Sébastien Clivillé, et par un mystérieux, un malheureux concours de circonstances, je suis passé dans le corps de cette pauvre loque. Moi, tu vois, je ne suis ni journaliste ni auteur, je suis veilleur de nuit et j’aimerais bien rentrer chez moi.

- Sébastien Clivi-quoi ? Ça n’a pas de sens, Geoffroy, c’est bien vous qui êtes assis en face de moi dans ce fauteuil, je vais envoyer Damien vous chercher de quoi vous faire un petit shoot, vous verrez, ça vous fera du bien.

- Mais bordel de bon dieu de putain de merde, qu’est-ce qu’il ont tous à vouloir me piquer ? Puisque je te dis… Je vous dis… Je ne suis pas cet enfoiré ! Je déteste ce type ! Je veux rentrer chez moi !

- Allons, allons, pas de scandale, Damien, vous avez entendu ?

- Oui Monsieur, dit Damien que je ne savais même pas qu’il était là, j’y vais.

- Mais… mais… Non ! Pas du tout ! Oui, c’est difficile à admettre, je suis dans le corps de M. Yquaille, mais ses pensées, son histoire, tout a disparu, à la place, c’est moi, Seb, merde, tu me reconnais pas ? Attend ! Si ! Je sais ! Pose moi des questions, va z-y, pose moi des questions !

- Bon. Si vous vous calmez. Prenez au moins un cigare. »

 

           Publication Huggy Home

 

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