Les mondes Parallèles 1

             Les mondes Parallèles 2

             Les mondes Parallèles 3

 

             Gif réalisé par

             La tannière du Loup

      

            

             Photos dans Gif:

             Bourdin/Le cercle            

             Abstrait/S. Blum...

 

 

 

                

 

 

 

       

Les Mondes parallèles 4

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 PRESENTATION

    Bonjour ! Je me présente : Sébastien Clivillé. Prononcez « Clivillé » comme « oreiller », s’il vous plaît, vous serez bien aimable, merci. Né fin 1971. Normand. Yeux ? Heu… Plutôt verts. Profession : veilleur de nuit. Marié, enfants et permis B.

    Enfin… Tout ça, c’était avant, car, depuis une certaine journée, je ne sais plus vraiment qui je suis exactement… Quelqu’un, ou quelque chose, a retourné mon univers comme un gant de vaisselle.

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    Suite .............4

    La conférence avait pour cadre un petit amphithéâtre aux chaises de bois dur, conçues pour empêcher l'assoupissement. Les murs étaient tapissés de publicités. De toutes façons, je fus fasciné par le spectacle (parrainé par une marque de soda à base de cola et de coca), et, même si je l’avais déjà vu, les cheveux en l’air de l’électricité statique et tout le toutim m’enchantèrent comme au premier jour.

    On rappela que la foudre pouvait frapper une automobile sans que le conducteur ne subisse de dommages, grâce à un phénomène physique que l’orateur renonça à expliquer, n’étant pas sûr de la démonstration. Mais ça marchait à tous les coups, c’était certain : sinon, la machine à éclairs auraient massacré nombre de cobaye volontaires. Je zappai un peu les autres explications scientifiques, car je manquais de sommeil :

    j’avais passé les nuits précédentes à lutter contre les effets du manque, et je m’embrouillais assez vite parmi les watts et les ampères. Entre deux démonstrations, car je n’étais pas ici pour m’amuser, je scrutai le public dans l’espoir d’y repérer un visage connu, mais en vain : l’assistance était entièrement composée d’adolescents à l’accent picard et de leurs accompagnateurs.

    Les démonstrations terminées, le guide nous mena jusqu’aux différentes salles qui présentaient les théories de la physique et de la chimie; j’avoue que je n’assimilais pas grand chose, épuisé que j’étais. Et puis surtout, j’avais tellement laissé tomber les sciences que les équations m’étaient aussi limpides que des hiéroglyphes. Comme les autres garnements, je tripotais toutes les molettes et j’appuyais sur tous les boutons qui me tombaient sous la main en ricanant sans rien comprendre. Les jeunes persiflaient et le scientifique rougissait au moindre quolibet.

    Enfin, nous passâmes devant le panneau qui touchait à mon sujet, et je laissai filer la visite. Je tentai de lire les différents encarts, et je me massais la tête un long moment devant les images qui décrivaient la théorie de la relativité générale et les paradoxes de l’espace-temps. J’aurais bien aimé comprendre, mais c’était bien trop compliqué pour moi, aussi me mis-je en quête du savant qui nous avait accompagnés ; mais il s’était évaporé.

    Une sonnerie stridente retentit et une paire de vigiles qui me pria de décamper, car une nouvelle fournée allait entamer la visite. Comme je protestai de vouloir finir le tour de toutes les animations, on me fit savoir que mon temps était passé et qu’ils devaient rentabiliser le musée en faisant tourner l’effectif des visiteurs.

     

    Je me retrouvais dehors ; de la neige était tombée, et le froid en embuscade me mordit au cou. J’aurais dû passer un bonnet et une écharpe, mais j’étais parti en courant et je n’avais pas pensé à regarder la météo. De toutes façons, même dans ma vie antérieure, je ne m’en souciais jamais, convaincu qu’il fallait seulement lever le nez dehors pour savoir le temps qu’il allait faire.

    Je décidai de rentrer chez moi par le métro. Au moins il y ferait chaud.

    Dans les souterrains, un policier factionnait tous les cinq mètres, jambes écartés, mains dans le dos. Excessivement pourvus de matraques, de casse-tête, gourdin et autres bâtons à taper sur la tête, de bombes lacrymogènes, d’armes de poing, de chiens-loups et de fusils d’assaut, chacun selon sa spécialité, les flics dévisageaient chaque passant avec insistance, et contrôlaient les papiers des faciès les plus suspects. Malgré l’affluence, on pouvait peut-être compter un uniforme pour chaque dizaine de citoyens ; j’avais l’impression d’arriver à mon conseil de révision. Je remarquai des caméras de surveillance dans chaque recoin, et je relevais le col de mon petit blouson.

    A la sortie des tourniquets, des boutiquiers distribuaient des réclames pour leurs lotions miracles, leurs voyances depuis cinq générations, ou leurs églises du énième jour, etc. ; des baffles bramaient les mérites de céréales au sucre et à la graisse, essayant de couvrir le bruit des publicités qui défilaient sur des écrans plasma agencés tout au long du quai. Il était environ onze heures du matin, mais la foule se pressait et je commençais à me sentir angoissé. Je n’aimais pas la trop grande proximité. Quand j’étais Sébastien, j’avais quitté Paris pour un lieu-dit de soixante-dix habitants, loin de la multitude, retiré du monde. Je n’aimais pas être ici. Le quai rempli à l’excès empestait l’ozone et le vomi de vin rouge. Les mains dans les poches, je donnais des coudes à qui me serrait de trop près ; je n’avais pas perdu le pli. Les regards usagers étaient aussi fuyants que d’habitude.

    J’attendais la rame, devant un distributeur un produit ; sur la machine, un quidam plaqua sa main sur une surface de verre noire et sélectionna son produit : quelques flashes scintillèrent sous ses doigts et une canette tomba dans le réceptacle. Intrigué, j’avançai à mon tour et je copiai les gestes de l’individu. Mon nom apparut sur le cadran niché là, et je fis mon choix, un journal. C’était pratique : plus besoin de carte de crédit !

    Je montais dans la voiture en jouant des épaules, je connaissais la musique. Je me plaçai entre les places assises, et à la station suivante, je me jetai à une place libérée avant que mes adversaires ne réagissent, et je me plongeai dans le canard. C’était le Libé du jour : on rapportait les promesses des autorités au sujet d’une baisse de la TVA, on glosait sur les fluctuations de la bourse, on commentait les OPA en cours, les marges opérationnelles des biscuitiers, des avionneurs, des cuisinistes... Dans les pages « société », on détaillait la vie exemplaire du Président (je reproduis ici la majuscule authentique), en uniforme de la Marine, et les actions bénéfiques de différents membres du gouvernement et/ou capitaines d’industrie. On se félicitait aussi de la reprise des industries de défense et autres marchands de canons ; la France était engagée dans une guerre en Afrique de l’Est, pour la défense de ses intérêts et la protection de ses ressortissants.

    On y avait aussi découverts d’immenses gisements pétroliers. D’après ce que je lisais, notre corps expéditionnaire comptait une quarantaine de milliers d’hommes, engagés au côté de l’Empire Du Congo. D’après François G., le patron, enfin, celui de Geoffroy, je revenais de cette région du monde. Ce que j’en avais rapporté n’avait pas plu aux autorités. Je dis je, car enfin, malgré toute ma mauvaise volonté, j’étais deux en un, un peu moins fort que la Sainte Trinité, au simple niveau des lessives bicolores, mais costaud quand même. Ça me coûtait ma position. En fait, ça ne me coûtait pas tant que ça.

    En tant que Sébastien, j’étais veilleur de nuit, j’étais un peu abruti, je me croyais très malin mais je ne connaissais rien à rien, et donc, je n’avais aucune idée concrète en ce qui concernait le métier de M. Yquaille, grand reporter, même si je trouvais ça très romantique et prestigieux… La décision de François de me reléguer à la rédaction de petits textes littéraires m’arrangeait bien, car j’avais une petite expérience en la matière, justement : mes nuits de surveillant de nuit étaient longues et je les mettais à profit pour écrire des textes. Je saurais me débrouiller ainsi. Dans le Libé, on fustigeait aussi, on moquait les beuveries et autres coucheries des membres de l’opposition, photos à l’appui.

     Je changeai de ligne, et je descendis à la station Strasbourg-Saint-Denis.

     A suivre

       A bientôt !

      Sébastien Clivillé

      Alias

      Geoffroy Yquaille (ou l’inverse, je ne sais plus)

       

       

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                                    Publication Huggy Home

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