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Gif réalisé par Photos dans Gif: Bourdin/Le cercle Abstrait/S. Blum...
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Les Mondes parallèles 3PRESENTATION Bonjour ! Je me présente : Sébastien Clivillé. Prononcez « Clivillé » comme « oreiller », s’il vous plaît, vous serez bien aimable, merci. Né fin 1971. Normand. Yeux ? Heu… Plutôt verts. Profession : veilleur de nuit. Marié, enfants et permis B. Enfin… Tout ça, c’était avant, car, depuis une certaine journée, je ne sais plus vraiment qui je suis exactement… Quelqu’un, ou quelque chose, a retourné mon univers comme un gant de vaisselle. Suite .............3 J’étais un loup en cage, dans mon appartement parallèle, imprégné d’odeurs de pet de chien, de chou aigre et de veau froid. Je suffoquais, mais il fallait que je purge mon nouveau corps, et je ne pouvais pas sortir. J’étais astreint à un sevrage sévère, à sec, c’était le meilleur moyen. N’empêche : j’étais en colère après le fameux Yquaille Geoffroy, duquel j’avais hérité de l’existence de toxicomane et d’un logement spacieux en plein Paris. Aux deux premiers jours du sevrage, j’avais eu mal au ventre et au cul, des poignards dans la gorge, j’avais crevé de froid, j’avais eu des courbatures, des bourdonnements, des hémorroïdes, des sueurs froides et aussi des renvois ; J’étais allergique, tétanisé, je faisais de la tachycardie ; même la lumière me blessait. Et puis les crises s’étaient espacées, et finalement il ne m’était resté qu’une boule de… de haine… rrr… qui me crispait les mâchoires ; ce dont j’avais hérité des aventures psychédéliques de mon prédécesseur ? De la colère. En plus, je ne comprenais pas bien pourquoi, car c’était physiologique. Aurélie n’avait pas compris, quand je l’avais appelée Mélodie, son nom de guerre dans l’autre monde. Elle avait pris ça pour une des mes envolées lyriques… Je m’étais dès lors abstenu, mais elle avait l’air de bien me connaître, et elle décelait peut-être des changements dans la personnalité de Geoffroy. J’avais regardé les photos du journaliste. Je découvris des scènes encore jamais vécues, mais c’était bien moi, là, sur les clichés, parmi des figures connues, à des réveillons inexplicables et des anniversaires incompréhensibles, dans des lieux mystérieux… Nous (lui et moi) partagions le même visage, mais il avait le regard dur, et décidé… Pas du tout comme moi, moi, qui ressemble un ange, qui suis Bonhomie personnifiée. Cependant, je retrouvais une image exactement identique à celle que j’avais photographiée : celle de la case où j’avais perdu mon pucelage, en Afrique. J’avais tenté de fouiller dans son ordinateur, mais le truc était si truffé de mots de passe et de matériel de sécurité que je ne retrouvais rien. Dès qu’Aurélie était allée chercher du ravitaillement, j’avais démonté –arrachés ! les disques durs et je le avaient cachés sous le matelas. Quant à elle, elle n’était pas telle que je l’avais connue. Elle n’avait plus les yeux fuyants et elle me regardait même si ouvertement que j’en louchais de honte. Ici, elle aimait l’ordre, là-bas elle mettait du piment sur les plaies de tous ceux qu’elle rencontrait. Malgré ces changements, je me méfiais d’elle et de son soudain dévouement ; c’était suspect. Je surveillais ses gestes, je décelais le double langage dans ses propos ordinaires, je prenais garde à ne jamais lui tourner le dos. Non seulement son alter ego, que j’avais connu dans notre monde, ne m’avait apporté que les pires emmerdements, mais en plus, celle d’ici se plaignait continuellement que ce sevrage nous faisait sauter les cours de dianétique. Au début, je ne répondis rien, je pensai à une question de sucre. Ce fichu reporter était bien foutu de me refiler une maladie, des calculs rénaux, pourquoi pas ? J’étais prêt à ne plus m’étonner de rien… Mais j’eus vite fait de comprendre la nature de l’affection, et je fus tout de même étonné. Elle avait brandi un gode verruqueux d’ampoules multicolores : elle voulait me passer à l’électromètre me mesurer les vibrations positives. C’était mental, son souci. Heureusement, j’étais préparé : j’avais déjà eu quelques accrochages avec vraie secte, dans ma vraie vie. Depuis, j’avais la liste en tête, je savais que le délire pouvait aller très loin. Dans la bouche de Mélodie, j’avais identifié le jargon débilitant du gourou Ron Hubbard, et cette fois, ça ne rigolait plus ; mes siloïstes et leur Mouvement Humaniste faisaient pâle figure face à la puissante scientologie. Un matin (le quatrième), énervé, je lui avais répondu, à Aurélie, qu’il était hors de question que je me prête à cette mascarade. Mais, devant sa mine alertée, j’avais finalement dit quand même oui… J’avais tendance à oublier que j’habitais un corps qui ne m’appartenait pas et qui avait ses petites habitudes. Il fallait que je me dissimule mieux, que personne ne s’aperçoive de rien avant d’avoir mis en place un plan d’action -comme on dit en réunion. Elle m’avait alors passé son bidule autour de la tête et le résultat avait paru la satisfaire : « -...Le sexe est un verrou posé sur la jouissance de création et une perversion de cette jouissance de la création, ânonna t’elle en s’aidant du doigt pour suivre la ligne dans un livre écrit tout petit. Laquelle engage tout l'être et l'amplifie, alors qu'en utilisant seulement la longueur d'onde sexe, cette jouissance peut être pervertie et l'être se contracte... Mon onde n’avait pas la longueur, si je comprenais bien, de là que j’étais contracté et que je me défonçais la gueule comme un sagouin... Aurélie m’apprit que je l’avais recrutée pour me débarrasser de mes mauvaises habitudes… De la drogue à la sciento, j’étais vraiment tombé de Charybde en Scylla, même si je n’aime pas les citations toutes faites. Cet Yquaille choisissait toujours les solutions les pires: cette Mélodie NE POUVAIT PAS se comporter comme une personne lambda, dans un monde ou l’autre. D’après son bouquin, il fallait non seulement me sevrer de produits chimiques, mais aussi (mais surtout) me priver de sexe. Je ne fus frustré de rien, d’abord : même si elle portait des tenues hyper sexy, même si son petit cul moulé aurait pu éveiller mes instincts, j’avais trop une mauvaise image d’elle. Non ? Trop de souvenirs douloureux me reliaient à ce cul-là. Trop de trop. Elle avait failli faire de moi un vrai pauvre type, et elle me faisait encore un peu peur... D’ailleurs, j’aimais mieux regarder ailleurs. Na. J’étais resté maître de mes sentiments malgré mon passage dans un de ces trous de vers que décrit la théorie des quanta. Désormais, Geoffroy était moi et moi j’étais dans la merde. Allais-je céder à la facilité et me couler dans la vie de ce type ? J’aurais pu, on avait des choses en commun, lui et moi… Le goût des voyages, des rencontres, les musiques antillaises, la littérature américaine, j’avais eu le temps de bien faire connaissance avec les rayonnages de l’occupant légitime. Etant lui, je pouvais fouiner dans tous les recoins de son appartement sans arrière-pensées. En plus, j’avais besoin du maximum d’info. D’après ce que j’avais compris, avant que je ne le remplace dans sa fourrure, il commençait à devenir incorrect vis du régime, et ça lui causait souci. C’était un homme influent qui avait usé de son relationnel pour se mettre à l’abri, mais apparemment il avait franchi la ligne. Non : j’étais bien décidé à le sortir de là, malgré lui et à mon unique bénéfice. J’en voulais à ce con qui m’avait arraché à ma petite vie pépère. Chez lui, c’était pas joli joli, d’ailleurs. J’espérais qu’il ne m’avait pas remplacé au village. Je prétendis que je ne me souvenais pas bien pourquoi est-ce qu’on avait des cours de dianétique ( ?), enfin, surtout moi. Elle m’expliqua qu’il était conseillé de se faire auditer quand on avait un problème d’abus de drogue ; je lui demandai –avec des mots mieux choisis- qui pouvait être assez crétin pour donner de pareils conseils, elle me dit que c’était de notoriété publique. Que la méthode faisait faire des économies à la Sécurité Sociale. Que la scientologie était une religion comme les autres… Quels autres ? Les catholiques, les témoins de Jéhova, tout ça, quoi. C’était officiel, c’était public, autorisé, arrosé par l’Etat. Rien que ça. Bon. Elle me dit aussi que j’aurais dû faire preuve de plus de reconnaissance envers l’Eglise. Que de toutes façons, j’avais déjà payé mon audit. Combien ? 30 000 euros. Les mêmes que les euros chers de chez nous ? Pour me clouer le bec, elle me rappela que les bonnes relations entretenues par la scientologie avec le Ministère des cultes m’avaient déjà évité pas mal d’ennuis. J’essayai de ne pas paraître étonné, mais mes sourcils échappèrent à mon contrôle. Elle allait me poser une question gênante que je contrai en déclarant : « - J’ai besoin d’aller faire un tour. Je pêchai les clefs de mon appartement dans son sac à main, mon larfeuille, ma doudoune, et je m’enfuis en dégringolant les marches cinq à sept. J’allais vraiment étouffer, vraiment ! C’était encore l’heure de pointe, et les piétons avaient envahi la rue. Curieusement, l’air était très respirable. Il y avait moins de bruit que dans mon Paris, et on entendait même les moineaux pépier. E suis toujours attentif au chant des oiseaux, et, à Paris, on n’entend guère que les roucoulements rageurs des pigeons qui se battent pour une tranche de jambon noici. ? ? ? ? ? ? Et les merles, à l’aube, au mois d’août. Ah, Paris en août ! Non, là, le gazouillis des passereaux était bien audible. Une quantité impressionnante de taxis sans chauffeur glissaient, semblables en tous points à celui que j’avais déjà emprunté le soir de mon arrivée. Seules les couleurs éclatantes de leurs publicités et les bondieuseries suspendues les différenciaient les uns des autres. Ils avançaient, bondés, discrets et polis, respectant une distance si constante qu’elle forçait l’admiration. On voyait quelques véhicules de service et de sécurité, et la circulation était fluide. Sur le trottoir, on progressait les coudes au corps. Les gens faisaient la queue à l’entrée des magasins, la tête rentrée dans les épaules, des groupes de gosses en guenilles couraient sur les trottoirs. La population multicolore de Paris me paraissait bien terne ; pourtant on était dans un arrondissement populaire… Etait-ce l’omniprésence des forces de l’ordre qui calmait les exubérances naturelles ? Les gens, le regard bas, évitaient les bavardages. Ce quartier aurait dû déborder de verve et de grands gestes, mais il y manquait ce jour-là les verbes hauts, les rires et les engueulades de ses habitants bigarrés… Ça sentait le chlore et les Parisiens s’étaient mués en rats : plus de rouges, ni de bleus, plus de boubous, ni de toques, pas de bonnets, rien que des bérets bruns, kaki, souris, caca d’oie, et mous, mous, mous… Les gens, et même les jeunes, étaient coiffés comme à une ? ? ? ?de chasse au lièvre. Des émanations de sentbon ondoyaient désagréablement autour de mes narines, on collait le nez au sol, on cachait son visage et on fonçait droit devant soi... Sauf les pauvres, qui ne fonçaient nulle part et qui erraient, seuls ou en groupe, sous l’œil attentif des moustaches de la maréchaussée –hm. Les mêmes tronches de papier mâché que chez nous, mais curieusement, aucun ne mendiait. Mes méditations pédestres furent grossièrement interrompues par des musiques édifiantes, et les voix de Notre Président jaillirent de mille haut-parleurs. Je soupirai. Je marchai pendant des heures, découvrant ainsi la capitale sous son nouveau jour. Mes pas m’avaient emmené au hasard, passant par les lieux que j’avais tant aimés ; au palais de la Découverte, par exemple, et d’ailleurs, sans m’en apercevoir, je grimpais déjà les marches de l’édifice. J’ai toujours été intéressé par les histoires de la résistance française à l’occupation nazie Je devinais des similitudes avec ce que je voyais ; je n’avais pas atterri dans une France à la botte d’un dictateur sanguinaire… Mais partout autour, l’affichage trahissait tout de même le culte de la personnalité dont jouissait Nikolaï Sarcoïde. Sur ces pubs en 15 X 25, il était beau, protecteur, avec son sourire franc du collier, ses larges épaules… Je repensai à tous ces résistants anonymes qui s’étaient battus contre un adversaire presque insurmontable. Il y avait aussi ces histoires de sectes, et la mise au placard de M. Yquaille pour raisons politiques. Si je voulais trouver quelqu’un qui résistât encore et qui pût me renseigner sur les mondes parallèles, c’était bien au Palais de la Découverte. De nombreux scientifiques éclairés avaient pris le chemin de la résistance contre le nazisme ; je connaissais la façon de penser des gens d’ici, et le monde extérieur les horrifiait sans doute. Moi, dès que j’avais pris conscience de l’essence despotique du Président, j’avais fait mon choix, enfin, le choix s’était imposé à moi : j’allais bouder très fort. En route j’avais décidé de virer la brunette de chez « moi » (c’était la dernière fois que j’y mettais des guillemets), sevré que j’étais enfin. Je ne me sentais pas vaillant, mais j’avais encore de quoi lui foutre mon pied au cul… Je ne voulais pas avoir cette fille-là plus longtemps dans les pattes, chez moi, non mais. Je l’avais déjà chassée une fois, et aujourd’hui, j’étais encore plus déterminé : je pensais à mes fils et à ma dulcinée. Il fallait que je les retrouve. Et vite. J’achetai un ticket. Le show de l’électricité commença. A suivre
A bientôt ! Sébastien Clivillé Alias Geoffroy Yquaille (ou l’inverse, je ne sais plus)
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