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Gif réalisé par Photos dans Gif: Bourdin/Le cercle Abstrait/S. Blum...
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Les Mondes parallèlesPRESENTATION Bonjour ! Je me présente : Sébastien Clivillé. Prononcez « Clivillé » comme « oreiller », s’il vous plaît, vous serez bien aimable, merci. Né fin 1971. Normand. Yeux ? Heu… Plutôt verts. Profession : veilleur de nuit. Marié, enfants et permis B. Enfin… Tout ça, c’était avant, car, depuis une certaine journée, je ne sais plus vraiment qui je suis exactement… Quelqu’un, ou quelque chose, a retourné mon univers comme un gant de vaisselle.
C’était un début d’après-midi, je m’en souviens très bien, je terminais mon petit temps de sommeil, assis amorphe sur la couette, des restes de cauchemars qui ondoyaient encore dans la chambre. Dans le brouillard, je titubai jusque sous la douche, non pas que je soufrasse déjà d’alcoolisme chronique, mais j’accumulais du sommeil en retard depuis des années, et au réveil, je vacillais toujours dans la première ligne droite. Ce jour-là, je trouvais la maison bien silencieuse, mon épouse avait dû sortir avec les enfants afin de m’offrir une bonne matinée de repos. Café, clope, caca, je ne me souviens plus très bien de l’ordre exact dans lequel je m’adonnai à mes rituels préférés. Toujours est-il que j’ouvris une fenêtre, car la lumière du soleil est écologique et pas chère… Je ne compris pas tout de suite, « je dois être encore en train de dormir », songeai-je, ou alors j’avais pris le soleil dans les yeux : j’avais cru entr’apercevoir un édifice dans l’entrebâillement des volets. Je ricanai : j’habitais dans un petit village d’une demi-centaine d’habitants, et mon voisinage immédiat se composait d’une bande de grosses poules rousses et d’un ancien cheval d’obstacle sauvé des abattoirs ; en tous cas, je refermai les volets illico. Troublé, je leur donnai cependant un violent coup de paume, et il fallut que je me rende à l’évidence : il y avait un immeuble Haussmann de l’autre côté de la rue, j’étais au troisième ou quatrième étage, je reconnaissais les Grands Boulevards parisiens, étant donné que la façade éblouissante du Grand Rex flamboyait un peu plus loin… Cramoisi, je fouillai frénétiquement mon logement, je sautai par-dessus les canapés, j’ouvris les portes à la volée, je fourrageai dans les placards, sur les étagères, sous les piles de linges, entre les draps… Tout indiquait que je vivais seul ici, les chambres des enfants étaient devenues des buanderies, des bureaux… Complètement hystérique, je sautai à pieds joints dans un pantalon et je me précipitai au dehors : mon beau jardin s’était réduit à un couloir austère qui sentait la pisse de chat. Dans la rue, il pleuvait dru et je reprenais mes esprits, j’avais déjà vécu dans cette ville et nous étions sur le boulevard Poissonnière. Des milliers de passants affairés s’évitaient habilement, le nez au sol, sans croiser leurs regards, les voitures étaient sagement collées les unes aux autres, c’était l’heure de pointe. Rien qui ne me semblât particulièrement inhabituel, les crottes de chiens sur les trottoirs, le concert des avertisseurs, Nikolaï Sarcoïde à la une des journaux… Malgré l’altération de son patronyme, on le reconnaissait bien à son air faux et ses pieds en canard. Les vents froids remontaient l’avenue, et je plongeai les mains dans les poches. J’en ressortis une carte de visite : François G., Président Directeur Général, Huggyhome.net Enfin ! Un nom -en lettres dorées- qui me raccrochait à la vie ordinaire ! Au dos du bristol, une heure et un lieu de rendez-vous. Justement, j’étais à deux pas, et l’heure approchait, selon les pendules alentour (environnantes ?). Je connaissais bien l’adresse, rue de Metz, à deux pas du théâtre Antoine, j’avais travaillé là quelques années, dans une association de chantiers de bénévoles. Quant à François, c’était le coordinateur-créateur du site Internet pour lequel j’écrivais de temps en temps. C’était mon hobby : j’y faisais des nouvelles, des chroniques, des petites bêtises qui m’amusaient beaucoup. J’allumai une cigarette ; mon briquet à peine rangé, une patrouille de militaires en armes me tomba dessus et entreprit de me coller une amende pour avoir contrevenu à l’interdiction de fumer dans la rue. Ignorant des lois de cet univers, je ne protestai pas. Cependant je fus bien surpris en récupérant ma carte d’identité : je m’appelais désormais Geoffroy Yquaille, de race française, catholique, journaliste … Geoffroy Yquaille ne m’était pas inconnu : c’était le ridicule calembour qui me servait de signature sur le site Internet de François ! Ma date de naissance indiquait le seize novembre 1961, et ce fut ce qui m’exaspéra le plus : j’avais pris dix ans d’un coup. J’arrivai à la porte de l’immeuble. Dans l’interphone, on m’indiqua l’étage en me priant de bien vouloir monter. Je traversai à grands pas des locaux au luxe tapageur. Damien, un collègue de la période où je travaillais encore en ces lieux métamorphosés, m’introduisit dans un bureau tout de marbres, de bronzes et d’acajou. Il parut ne pas me reconnaître, impeccablement mis dans son costume de majordome. François, les mains dans le dos, fumait un énorme barreau de chaise en regardant Montmartre qui s’évanouissait au loin dans la bruine : « - Ah ! Vous voilà, dit-il sans se retourner. Toujours aussi ponctuel, n’est-ce pas ? Prenez un cigare, profitez-en, ce sont des Torpedo. Puis il me demanda brusquement : Aimez-vous le football, Yquaille ? Plongeant la main dans la boîte de bois précieux, je répondis par l’affirmative. « - Très bien. Damien, la voiture ! Nous allons au Stade de France ! Damien conduisait la belle anglaise d’une main de maître. C’était étrange : dans notre cosmos, il n’avait pas le permis de conduire. Personne n’échangea une parole du trajet ; par les fenêtres teintées, je remarquai une capitale encore plus fliquée qu’à l’ordinaire, par des uniformes que je n’avais jamais vus. Au stade, on nous plaça dans les tribunes VIP, sous un colossal podium présidentiel drapé de bleu blanc rouge. Soudain, les haut-parleurs annoncèrent l’arrivée du Président, et les spectateurs, entièrement pavoisés aux couleurs nationales, se levèrent comme un seul homme : les écrans géants montrèrent sous tous les profils un Sarcoïde qui avançait les bras levés… Je soupirai : dans ce monde-ci, il était déjà parvenu à ses fins, à ce qu’il semblait. Le match commença. Zidane distribuait le jeu et évitait les tacles de l’adversaire. Il y avait des choses invariables, d’un univers à l’autre… Dans les clameurs du public, François G. commença à me beugler dans les oreilles : « - Je voulais vous parler sans risque, je soupçonne les Brigades Sarcoïdes d’avoir placé des micros à la rédaction. - Des micros ? - Je voulais vous parler de votre travail. - Mon travail ? » Je me remémorai mes papiers, qui me désignaient en tant que journaliste. « - Oui, j’ai beaucoup aimé votre dernier papier sur les opérations commandos des Sections Spéciales en Afrique. Je me demande encore comment vous avez fait pour les infiltrer si profondément. - Heu… - Taisez-vous. Vous êtes un vrai pro, ne me révélez pas vos ficelles. Enfin ! dit-il en lissant le revers de sa veste Cherruti, vous avez mis l’entreprise dans une situation délicate, vous vous en rendez certainement compte. Mais, me direz-vous, je n’étais pas obligé de vous publier, non plus. Mais je voulais faire un coup d’éclat avant l’application des nouvelles lois sur la Sécurité Nationale. Et puis je respecte votre travail, vous qui risquez votre vie pour informer les Français. - Moi ? - Oui. J’étais invité ce matin à un brunch au Ministère de la Culture et de la Propagande, avec tous les autres grands patrons de presse. J’ai même été convoqué quelques minutes dans le bureau du secrétaire d’Etat Matthieu Gonet… - MATTHIEU GONET ? - Lui-même. Le sous-ministre m’a prévenu que c’était la dernière fois qu’il me couvrait. La prochaine fois, il ne pourra pas retenir l’Agence de Sécurité si je m’attaque encore aux services de Sarcoïde. Nous sommes tout de même le premier site Internet de France ! - Et… Qu’est-ce que je peux faire, alors ? demandai-je niaisement. - Rien ! Surtout, ne faites plus rien : vous êtes en grand danger ! - Oh, pas quand même, si ? - Yquaille, me dit-il solennellement alors que l’équipe de France encaissait un but bien mérité (je regardais le match du coin de l’œil), ça veut dire que je vous retire votre poste de grand reporter et que je vous colle à la rubrique littéraire. Et considérez cela comme une promotion. Je tiens à vous et j’aurai besoin de vos talents quand nous entrerons définitivement en résistance… - C’est dans mon tempérament, la résistance… - Cette rubrique vous servira de couverture mais vous continuerez vos enquêtes pour le compte de la grande presse étrangère. En attendant, vous m’aviez parlé de petites nouvelles que vous écriviez à vos moments perdus, n’est-ce pas ? - Oui, j’écris des nouvelles. Je crois même que je vais en écrire de plus en plus, ça me raccrochera à ma réalité. » Bon… Je méditai au sujet de ma mésaventure ; je me souvins du mauvais rêve qui m’avait fait chuter du lit ce matin-là : j’avais mis le pied dans un gouffre et j’avais plané en vrille pendant un temps considérablement long ; j’arrivai à la conclusion que j’étais sans doute tombé dans un de ces « trous de vers » que certains théoriciens de la structure de l'espace décrivent comme les passages quantiques d’un univers à l’autre. Je ne m’inquiétais donc pas outre-mesure, convaincu que je retournerais rapidement auprès de ma petite famille, telle que je l’avais laissée. Donc, aujourd’hui, je suis bel et bien devenu Geoffroy Yquaille, en attendant de rentrer à la maison… Si j’avais su, j’aurais choisi un pseudonyme plus sérieux… En tout cas, vous avez le pourquoi des mes petites histoires dans les colonnes littéraires de huggyhome.net : je suis placardisé pour cause de régime autoritaire, en attendant de retrouver mes grands reportages dont je ne sais même pas par quel bout on doit les commencer. Pauvre de moi… A bientôt ! Sébastien Clivillé Alias Geoffroy Yquaille (ou l’inverse, je ne sais plus)
La suite : Les mondes Parallèles 2
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