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Marie
Rennard,
titulaire
d’une
licence de
langues
étrangères,
décide
après
quelques
années
d’enseignement
de
découvrir
pour un
temps
indéterminé
les
ineffables
joies
domestiques
de la vie
de mère au
foyer.
Récemment
reconvertie
dans la
comptabilité
par
nécessité
alimentaire,
elle
délaisse
quelquefois
époux,
enfants et
travail
pour
coiffer
dans sa
cuisine un
entonnoir
orange de
taille XL,
destiné à
la fois à
stimuler
le neurone
à
histoires
et à
prévenir
l’entourage
que môman
n’est pas
disponible
pour
l’instant.
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JOUEURS
Par Marie
Rennard
610 mots
Mankind,
l’Humanité.
Mankind, de man,
l’homme, et kind,
l’espèce
;
Mankind de man,
l’homme, et de kind,
gentil.
C’est selon
l’interprète.
La lune est exactement
ronde, et posée à l’angle
du toit.
Dans l’ombre, dans l’ombre
humide, s’étire, s’étale
se love et se dilue la
mélopée d’un
violoncelle.
Grave.
Grave cello. Un
violoncelle aux chaleurs
d’outre tombe, aux
lenteurs immortelles, aux
frénésies soudaines, échos
lointains
d’enthousiasmantes
désespérances, aux boucles
et aux méandres
secrètement pulsés par les
courants
imaginaires.
Dans le cadre de la
fenêtre toujours ouverte,
la lune est exactement
ronde, et posée à l’angle
du toit.
Et dans la rue sautille le
rythme en syncopette, la
polka d’un marmot qui
bredouille ses premières
mélodies.
On entend le miaulement
rauque d’un chat, l’appel
sourd lent et lancinant
de la nuit qui
s’installe,
passagère.
El cello berce l’homme
qui, en bas, voue l’homme
aux gémonies et crie sa
partition, désespérando,
gutturale, qui vomit sa
malédiction.
- Fuck
mankind.
There is nothing kind
about human.
And God is drunk again
.(1)
( 1) Putain
d’humanité, il n’y a rien
de bon dans l’homme, et
Dieu est encore
saoul.
Oui Dieu est pété du matin
au soir.
Emma s’enivre au bois du
violoncelle. Elle se moque
de Dieu.
Elle le connaît par coeur.
Elle sourit, oui, Dieu est
pété du matin au soir, et
rien n’est bon dans
l’homme, excepté le
lyrisme.
Elle pose son archet. Boit
à longs traits l’eau
transparente prisonnière
du verre. S’approche de la
fenêtre toujours ouverte,
et sa silhouette se peint
en contre nuit sur la lune
toujours exactement ronde,
mais plus tout à fait
posée à l’angle du
toit.
Elle aurait juré pourtant,
que.
Elle aura profité d’une
seconde d’inattention,
sûrement quand le
chat a miaulé pour faire
diversion. Les chats sont
toujours complices de la
lune.
L’homme en bas est appuyé
au garde fou de fer.
Laisse passer un chaos de
claquements de mains, de
cris sourds et
difformes.
Et quand ils rendent la
nuit au silence, il se met
à genoux.
Et il parle à la fille
dans la lune, celle qui a
un
violoncelle.
- Reprends le cello. Joue
la polyphonie des
schizophrènes.
La fille rit. Reprend le
violoncelle, le cale sous
son menton, se blesse un
peu au cou à cause de la
pique.
Quand elle lève son
archet, ses cheveux
commencent à pâlir, et
bientôt l’homme rit,
dément, de la voir chauve
sur la lune. Ses dents
brillent dans la nuit. La
musique porte son rire
jusqu’à la lune, et son
rire caresse en cascade la
peau noire de la fille qui
joue en
silence.
Elle s’arrête et son bras
se détend, démesurément
long, pour toucher de sa
grâce les cheveux courts
de l’homme qui bataillent
et s’agrestent sur sa tête
révoltée.
La fille à la fenêtre voit
l’image de l’homme qui la
voit dans la lune, qui la
caresse de son
rire.
Il est
désespéré.
Il attend à genoux le
verdict de l’archet qui
s’afrôle à sa joue, y
laisse une traînée
blanche.
Il attend à genoux le
verdict de l’archet qui
pointe sur sa nuque, qui
siffle et qui fend l’air,
et qui cingle à son coeur
la vérité
cruelle.
There’s nothing kind about
human.
Son sang coule. La fille a
fiché dans la lune le sol
du violoncelle et
joue, joue et massacre la
symphonie du
temps.
Appuyé contre le garde fou
en fer de la lune
exactement ronde, l’homme
tend son ticket au préposé
aux contes.
Et le préposé note. Un
mort par
arbitraire.
Sous la fenêtre toujours
ouverte, les passants
continuent de passer, bien
en file devant la lune qui
ce soir est exactement
ronde, et qui sans bruit
est revenue se poser juste
à l’angle du
toit.
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