Eric Vincent

 

            

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             « Reçu », par Eric VINCENT

    Sur l’écran géant de l’université, un à un, les noms, prénoms et spécialités de tous les étudiants défilent. Pas de mention, pas de classement, ni de notation : juste « reçu » ou « recalé ». Deux qualificatifs pour sanctionner un cursus de dix années d’études supérieures. Des cris de joie éclatent, des larmes jaillissent, les scènes traditionnelles se perpétuent d’année en année. Des crises de nerfs ponctuent les informations visuelles, des jeunes gens vont jusqu’à convulser sous les yeux impavides des autorités du campus. Début d’affichage des résultats pour les étudiants dont le patronyme débute par un « M ».

    Julien Mouret balance entre tétanie et évanouissement. Sa vie va se jouer sur un mot, juste un. Reçu ou recalé. Mélanie Maria, en médecine, bondit comme un kangourou, affichant un indécent goût de victoire. Elle est tirée d’affaire. Le défilé ne s’arrête pas : Mimaud, Mirot, Monnier, Mouret.

    « Reçu »

    Julien s’effondre, terrassé.

    « Putain, reçu ! »

    Pourtant, au long de cette dernière décennie, il a tout fait, tout tenté, pour échouer. D’abord, des études de marketing ardues alors que ses codes génétiques le prédestinaient à devenir un éminent musicien, un compositeur de génie. Durant ces saisons, il n’a pas cessé de s’enivrer à friser le coma éthylique, d’avaler des cargaisons de médicaments, de drogues, en espérant effacer les connaissances injectées par électrodes dans ses neurones.

    Mais sa saleté de réseau synaptique a résisté à tous les traitements qu’il s’est infligés, de la soude caustique versée dans ses conduits auditifs aux aux électrochocs maisons en mordant à pleines dents dans des câbles électriques. Sa mémoire a ingurgité les programmes comme une oie gavée de force pour engraisser. Les règles du marketing se sont ancrées en lui comme des sangsues rivées à une incision. A chaque partiel, il s’est explosé le visage contre un mur, priant pour que les heurts répétés anéantissent quelques milliers de neurones essentiels, détruisent des parcelles de connaissance. Rien n’y a fait. Impossible de tricher à l’examen. Le candidat est ligoté à un fauteuil, un casque est apposé sur son crâne, des aiguilles transpercent sa chair et les informations sont arrachées et recrachées par l’immonde machine à un super ordinateur, seul juge et correcteur des examens. En fonction de ce qu’il ingurgite, il régurgite seulement deux mots : « reçu » ou « recalé ». Julien a été reçu. Son contrat de travail qui le lie à l’unique firme mondiale, prend effet à la seconde même.

    L’anéantissement fait place à la réflexion. Il faut fuir, s’échapper du campus, refuser cette vie insensée proposée par le système capitaliste totalitaire et rejoindre les recalés sous la Terre, ceux qui connaissent une existence privée de contraintes, libres de penser, d’aimer, de jouir, de vivre.

    Par où prendre la tangente ? Ses yeux scannent l’horizon, ses sens combinent leurs forces, sa puissance de réflexion doit le servir à cet instant. Bon sang ! Il y a au moins soixante mille policiers pour prévenir la moindre échappée et ces zélés agents payés à la commission vont se battre pour l’empoigner et le conduire à son futur bureau.

    Un attroupement se forme près d’une sortie, les rangs grossissent, un mouvement de foule, des piétinements aveugles, voilà la solution ! Il hurle à pleins poumons :

    - Les reçus avec moi !

    En leader accompli, il embrigade à tour de bras, il harangue les indécis, ceux qui doutent encore de leurs futures conditions, qui demeurent incrédules face aux rumeurs. Il court, il attire, il attise, il embrase le campus. Un groupe d’étudiants lui barre la route. Pas encore fixés sur leur sort ou recalés. Si des « reçus » s’échappent, l’ordinateur recalculera les moyennes, fixera de nouveaux barèmes et obtiendra ses quotas. Julien trébuche, il est à terre. Des dizaines de pieds le foulent, il va périr. La mort est préférable à son avenir tracé. Les coups pleuvent, des tirs éclatent, des balles fusent, des gaz, on l’empoigne fermement, on l’arrache à son « funeste » destin. Il perd connaissance.

     - Bienvenue dans la firme mondiale, salarié MOUR9857864 !

    Julien ouvre les yeux. Son corps n’est que douleurs, son crâne aboie sa ration d’anti-douleur. Sa raison revient au triple galop. Il est au travail. Une chaise, un bureau, un ordinateur, pas de fenêtre, éclairage non identifié, murs impersonnels, porte blindée. Quatre caméras couvrent le moindre centimètre carré, y compris le WC chimique et le lavabo. L’espace n’est pas bien grand, la firme a bâti ses profits en rognant sur la moindre dose de confort humain de ses employés.

    - Votre journée de travail standard de 20 heures débute maintenant. Vos performances seront jugées en permanence et les mesures appropriées les sanctionneront immédiatement. Vos périodes de repos de 6 heures consécutives seront prises dans une autre partie de la firme. Vos repas vous seront servis dans votre bureau. Bonne journée.

    Une voix de machine. Julien inspecte les tiroirs logés sous son pupitre. Caféine, codéine, des dizaines de stupéfiants et dopants, en cachets, en spray et même en intraveineuse. Shooteuses, ampoules, il y a tout ce qu’il faut pour réveiller un régiment de morts vivants ou pour le plonger dans les transes les plus démoniaques. Offert par l’entreprise.

    Il tapote sur l’écran tactile. Son objectif : concevoir une idée de lancement d’une nouvelle crème à raser. Il s’en fout, il aurait préféré cracher son venin sur la manière d’exterminer le gouvernement et la firme. Il se lève et se met à tourner en rond. Il va attendre, il verra bien. Un grincement, non, une sorte de raclement attire son attention. Le mur… Il aurait juré le voir bouger. Il appose ses mains sur la paroi glacée. D’infimes vibrations le parcourent. Il tend l’oreille. Grésillement caractéristique d’un moteur. Nouveau raclement. Le mur touche ses chaussures alors qu’elles se trouvaient à moins d’un centimètre.

    « Vos performances seront jugées en permanence et les mesures appropriées les sanctionneront immédiatement. »

    La voix électronique résonne dans son esprit. Il comprend :

    - Non ! Si… si… je… non… - Une preuve de votre intelligence, salarié MOUR9857864. Si vos résultats nous déçoivent, votre espace de travail sera réduit et réaffecté.

    Une clameur sans fin déchire son voisinage. La voix commente :

    - Un piètre salarié, une place à conquérir. Dépêchez-vous…

    Une idée, vite une idée ! Les cloisons grignotent un soupçon d’espace, de précieux millimètres. Une migraine carabinée le prive de ses facultés. Pour une campagne de lancement, il faut innover, délirer, produire des centaines d’idées pour ne retenir que la meilleure, celle qui fera acheter le produit même si le consommateur n’en a aucune utilité. Il ouvre le tiroir du bureau, s’empare des flacons et déchiffre les étiquettes. Il doit se doper s’il ne veut pas finir écrabouillée. Tuer pour ne pas être tué. Entrer dans le système ou périr. Héroïne, seringue, latex, garrot, injection, détente, trip, visions, production, rendement. Les murs s’écartent. Bon salarié…  

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          PRESENTATION

 

    Mon idéal ?

    Je suis un auteur rêveur, comme quelques milliers en France, dont les maisons d'édition, petites ou grandes, ne veulent pas. Je n'ai pas d'autre idéal que d'être lu par le plus grand nombre. Voici donc pourquoi je me prends en charge sur le WEB !

     

    Mon parcours ?

    Un baccalauréat littéraire, une maîtrise d'administration économique et sociale, un DESS sur les sciences de l'information et me voilà informaticien ! Le mariage de la belle et la bête, en quelque sorte. Cela donne un mélange détonnant et des écrits prouvant que je n'ai pas ma place sur la Terre. Justement... Et si c'était ma place de ne pas en avoir ?

     

    Mes envies ?

    Traduire mes ouvrages en bandes dessinées ou en films. Avis aux amateurs...

     

    Mes titres ?

    Je ne suis ni comte, ni baron, ni duc mais j'ai obtenu le prix spécial du jury au concours de Titlepublishing.com 2002, pour l'ensemble de mon oeuvre. J'ai également obtenu la troisième place au concours "Lire en fête" Anice-Fiction 2004. A mes yeux, cela vaut tous les titres du monde.

     

     

           Photos et Montage:    Anselme Hatouvan avec les photos d' Andréa, Blum sylvie, Rancinan,              David La Chapelle, G. Bourdin

 

 

Publication Huggy Home 

 

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